Entretien avec Jean-Claude Cebula, psychologue, directeur de l’Institut de formation, de recherche et d’évaluation des pratiques médico-sociale (IFREP) et auteur du « Guide de l’accueil familial »[1].
Un accueil « familial », qu'est-ce que ça signifie exactement ?
«Le législateur a posé dès 1989 -et confirmé en 2002- une définition du caractère « familial ». Celui-ci suppose un petit nombre des personnes accueillies (3 maximum), le partage d'espace commun et la possibilité de prendre ensemble les repas. L'AFS sous-tend une grande proximité entre accueillant et accueilli. Il répond donc bien aux besoins des personnes âgées ou handicapées ayant perdu une certaine autonomie, physique dans une certaine mesure, mais surtout relationnelle. Le partage de l'intimité a bien sûr ses limites -chacun doit conserver un minimum d'indépendance- mais il reste le fondement de l'AFS. N'oublions pas que les personnes âgées totalement autonomes préfèrent rester chez elles !»
L'AFS est-elle généralement un choix de « première intention » ?
« Souvent, c'est une solution par défaut, ce qui est bien dommage ! Les raisons de ce « non-choix » sont multiples. D'abord, l'accueil familial est une alternative encore méconnue. D'autre part, le statut des accueillants n'est pas encore satisfaisant -mais le gouvernement s'emploie à l'améliorer. Surtout, le placement du proche réveille une culpabilité différente, peut-être plus forte qu'en établissement. La famille peut se sentir en situation d'échec à confier quelqu'un à une autre famille qui elle, va réussir à faire ce que la parenté ne peut ou ne veut pas faire.»
Avant de se décider pour une famille, que faire pour minimiser les risques de se tromper ?
«D'abord, solliciter l'aide des services sociaux du Conseil Général de son département, puis se rapprocher de la famille d'accueil. Evaluer avec bienveillance et attention les prestations qu'elle offre, sans conflit de loyauté ou de rivalité.Tenter de s'imprégner de sa vie familiale et observer si la « rencontre » se crée. Se méfier des prestations « hôtelières » et « hospitalières », même si les chambres sont bien tenues et équipées… L'important est de se sentir bien, respecté et entouré. Et si la rencontre ne se produit pas, il est toujours possible de faire marche arrière à la fin de la période d'essai prévue sur le contrat.»
Comment les proches peuvent aider à ce que tout se passe bien ?
«La parenté peut devenir un élément perturbateur de l'accueil quand elle se révèle trop présente ou trop absente dans la nouvelle vie de la personne accueillie. Elle peut être envahissante sans s'en rendre compte : imposer des visites intempestives, donner des conseils maladroits… Peuvent alors apparaître des conflits de rivalité ou des suspicions qui n'ont pas lieu d'être. Si elle est au contraire trop absente, la personne accueillie peut se sentir abandonnée par les siens.»
Les personnes accueillies sont-elles généralement satisfaites de ce dispositif ?
«Sans hésitation oui, dès lors qu'il s'agit réellement d'accueil familial - et non de mini-établissement dans lequel les personnes accueillies restent toute la journée dans leur chambre ! Généralement, elles trouvent de grandes satisfactions à partager certains éléments de la vie familiale de la personne qui les accueille. Beaucoup de personnes âgées récupèrent des capacités relationnelles perdues et un certain plaisir de vivre. Le contexte plus maternant de l'accueil familial est souvent plus adapté que la prise en charge en établissement pour les handicapées psychiques. Notamment lorsque ceux-ci présentent des difficultés relationnelles, ils y trouvent un lieu de réparation et de réorganisation.»
Propos recuellis par Emmanuelle Manck, rédactice