Les Vocations des Services de Soins Infirmiers A Domicile (SSIAD)

Entretien avec Nathalie DOURNEAU, Directrice Nationale des SSIAD DOMIDOM Soins


Nathalie DOURNEAU - Services de Soins Infirmiers A DomicileQuels types de soins votre SSIAD effectue-t-il ?
«Les soins techniques réalisés par les infirmiers regroupent tous les actes relevant de leur décret de compétence, notamment les actes relevant du rôle propre (soins d'hygiène, de surveillance, de prévention, de dépistage…) mais aussi les soins délivrés sur prescription médicale (injections, pansements, perfusions…). Ils assurent également tous les actes à visée éducative, en donnant par exemple des recommandations diététiques auprès des patients diabétiques ou hypertendus. Les aides-soignants effectuent des actes relevant du rôle propre des infirmiers et ce par délégation, notamment en matière d'hygiène, de mobilisation, d'éducation et de prévention. Dans le cadre de la prise en charge par le SSIAD, un des rôles fondamental de l'équipe soignante se situe au niveau de l'aspect préventif : elle est attentive à toute anomalie et est en mesure de détecter tout signe clinique d'aggravation de l'état de santé, permettant ainsi d'alerter rapidement les services médicaux le cas échéant.»

Comment vos soins sont-ils accueillis par le patient et son aidant ?
«Lorsque la demande émane de la famille alors que le patient n'en voit pas l'intérêt, nous sommes parfois confrontés à des oppositions. Nous entrons dans ce cas dans une démarche d'acceptation, laissant le temps au patient de prendre conscience que sa perte d'autonomie ne lui permet plus de gérer seul ses actes de la vie quotidienne. Peu à peu, il apprend à connaitre l'équipe et accepte progressivement la prise en charge. Mais la plupart du temps, les patients sont ravis que l'on vienne s'occuper d'eux. Il ne faut pas oublier que dans de nombreuses situations, les personnes isolées n'ont que le personnel soignant comme visite dans la journée (et surtout en milieu urbain) !Nous veillons toutefois à ne pas nous substituer à eux, leur laissant accomplir un maximum d'actes par eux-mêmes, notre rôle étant de compenser l'autonomie et non pas de l'aggraver. Concernant les aidants, la mise en place d'une prise en charge par le SSIAD est accueillie avec enthousiasme. Avoir un mari, une femme, un parent malade à la maison peut entrainer un syndrome d'épuisement, sans oublier l'aspect anxiogène d'être confronté au quotidien à la maladie d'un proche.

Savoir qu'une équipe pluridisciplinaire assure les soins et la coordination des interventions permet de lever bien des angoisses. N'oublions pas non plus qu'au niveau pratique, les visites des soignants peuvent devenir de véritables petites « soupapes », permettant à l'aidant, au moment du passage soignant, de retrouver une vie sociale (sortir faire des courses, promener le chien…).»

Lorsqu'une personne bénéficie d'un SSIAD, y a-t-il des soins que l'aidant doit effectuer ?
«Le terme « devoir » ne me semble pas adapté. Il est évident que l'aidant peut accomplir certains actes, d'une part parce qu'il en a les capacités, mais aussi parce qu'il le souhaite. Hélas, il est fréquent que la demande de prise en charge par le SSIAD intervienne au moment où l'aidant est épuisé, voire même parfois, lui-même en perte d'autonomie. Dans ce cas, il est très important que nous puissions assurer un véritable relais. Quoi qu'il en soit, la volonté de DOMIDOM Soins est de proposer une prise en charge personnalisée et au cas par cas. C'est au SSIAD de s'adapter au patient en respectant ses habitudes de vie, son histoire et bien-sur, les volontés et les capacités de son entourage. Concrètement, lorsque nous demandons la participation des aidants, c'est plutôt de façon logistique, comme passer récupérer les médicaments à la pharmacie.»

Quelles solutions proposez-vous aux aidants qui se sentent dépassés ?
«Très souvent, c'est le médecin traitant ou la famille qui demande une prise en charge par le SSIAD, rarement l'aidant, même s'il est déjà entré dans un processus d'essoufflement. Alors qu'il est épuisé, un sentiment de culpabilité peut l'envahir, entrainant une souffrance psychologique face au constat de ne plus pouvoir assumer seul. Notre démarche est de le rassurer, de lui permettre de verbaliser tout en apportant une compensation matérielle au quotidien. Face à cette problématique récurrente, nous avons choisi de mettre en place un poste de psychologue qui intervient de façon triangulaire au niveau des aidants, des patients et de l'équipe soignante. Son expertise et son recul lui permettent de jouer un rôle pivot prépondérant dans la prise en charge psychologique et de permettre aux aidants d'accepter les limites de leurs capacités.»


Propos recueillis par Emmanuelle Manck, rédactrice
Dernière modification : 27-04-2011