HAD : Avantages et conséquences

Entretien avec Françoise Bourgeois, directrice de pôle Santé Service HAD (Ile de France).

Existe-t-il des maladies typiques de l'Hospitalisation à domicile (HAD) ?
«L'HAD ne fonctionne pas par spécialités comme les hôpitaux mais par type de traitements : les pathologies concernées sont donc très diversifiées. Elle peut concerner tous les âges de la vie. Comme Santé Service a été créé à l'initiative de la Ligue contre le Cancer il y a 50 ans, nous traitons beaucoup de maladies cancéreuses. Nous prenons donc en charge des patients nécessitant des chimiothérapies, mais aussi des pansements complexes, une nutrition entérale et parentérale, une assistance respiratoire, des soins palliatifs…»

Quels sont caractéristiques et les points forts de l'HAD, pour le malade et l'aidant ?
«Selon moi, l'HAD n'est pas une alternative à l'hôpital mais un mode d'hospitalisation en lui-même.
L'avantage pour le malade est de pouvoir bénéficier de soins de qualité, identiques à ceux administrés à l'hôpital, tout en restant dans son environnement familier, avec son conjoint, ses enfants, et même… son chien ou son chat ! L'aidant évite également le poids psychologique de la séparation. D'un point de vue pratique, l'HAD permet d'éviter les trajets répétés et le bouleversement de l'organisation quotidienne.»

En quoi l'aidant peut-il être impliqué dans la prise en charge de l'HAD ?
«Dans certains cas, l'aidant peut être amené à relayer les soignants car ceux-ci ne restent pas à domicile en permanence. Nous veillons alors à éduquer l'entourage pour certains soins.

Nous les formons par exemple à la pose de poches de nutriments pour une personne alimentée par sonde, à la mobilisation d'un malade alité pour prévenir les escarres, au contrôle de la glycémie chez un diabétique...Nous lui montrons également les gestes à effectuer sans délai, comme l'aspiration des sécrétions d'un patient trachéotomisé. Les soins de 'nursing' sont majoritairement effectués par nos aides-soignants qui passent régulièrement. Toutefois, l'aidant peut être amené à changer une personne incontinente entre deux visites.»

L'HAD peut-elle se révéler trop lourde pour l'entourage ? Que conseillez-vous aux aidants ?
«Avant l'admission, l'une de nos assistantes sociales peut se rendre au domicile du patient pour évaluer son environnement et mesurer les capacités de l'entourage à soutenir le malade. En cas de besoin, elle peut déclencher des demandes d'aides ménagères et autres aides à domicile. Il est primordial que l'aidant rencontre l'infirmière coordinatrice hospitalière chargée d'évaluer les besoins du patient. Qu'il lui pose toutes les questions possibles et imaginables ! Elle-même, de par son métier, va pouvoir le conseiller, l'informer et l'orienter en fonction de sa situation particulière. Pendant la prise en charge, l'aidant doit savoir repérer ses limites et dire à l'équipe soignante : 'Là, ça ne va plus'. Nous pouvons organiser des « séjours de répit » : pendant un temps donné, le patient est hospitalisé en établissement de soin pour que l'aidant puisse souffler un peu. Quant à nos psychologues, ils peuvent à tout moment intervenir, autant auprès du patient que de l'entourage.»


Propos recueillis par Emmanuelle Manck, rédactrice
Dernière modification : 27-04-2011